Pourquoi certaines personnes refusent de changer ?

Pourquoi certaines personnes refusent-elles de changer, même lorsqu’elles souffrent ?


« Mais pourquoi est-ce qu’il ne change pas ? »

Vous avez peut-être déjà prononcé cette phrase.

Face à un proche qui répète toujours les mêmes comportements.

Face à une personne qui se plaint d’une situation, mais ne semble rien faire pour la modifier.

Face à quelqu’un qui demande conseil, puis écarte systématiquement toutes les propositions.

Ou face à une personne qui paraît préférer rester dans une situation inconfortable plutôt que d’envisager une autre façon de faire.

Et plus vous essayez de lui expliquer les choses, plus vous avez l’impression de vous heurter à un mur.

Vous cherchez des arguments.

Vous reformulez.

Vous donnez des exemples.

Vous essayez de lui faire comprendre ce que vous voyez.

Mais rien ne semble bouger.

Alors une question finit par revenir :

Comment peut-on continuer à faire quelque chose qui nous fait souffrir, sans chercher à changer ?

La réponse est plus complexe qu’un simple manque de volonté.


Changer ne consiste pas seulement à comprendre

Nous avons parfois tendance à penser que, lorsqu’une personne comprend qu’une situation lui fait du mal, elle va naturellement chercher à la modifier.

Après tout, si quelque chose ne fonctionne pas, pourquoi continuer ?

Pourtant, nous ne prenons pas nos décisions uniquement à partir de ce qui paraît logique.

Nos habitudes, nos émotions, nos expériences passées, nos croyances et nos besoins de sécurité influencent aussi notre manière d’agir.

Une personne peut savoir qu’un comportement lui coûte cher, tout en ayant beaucoup de difficultés à y renoncer.

Elle peut reconnaître qu’une relation est compliquée, sans parvenir à envisager ce qui viendrait après.

Elle peut vouloir que sa vie change, mais redouter les conséquences concrètes de ce changement.

Car entre savoir qu’il faudrait faire autrement et être prêt à faire autrement, il existe parfois un véritable fossé.


Le changement peut faire peur, même lorsqu’il semble nécessaire

Nous imaginons souvent le changement comme une amélioration.

Une nouvelle possibilité.

Une solution.

Une porte qui s’ouvre.

Mais changer implique aussi de quitter quelque chose que l’on connaît.

Même lorsque cette situation n’est pas satisfaisante, elle possède un avantage : nous savons comment y fonctionner.

Nous connaissons ses règles, ses difficultés et les réactions qu’elle provoque.

L’inconnu, lui, soulève de nouvelles questions.

Et si cela se passait encore plus mal ?

Et si je regrettais ma décision ?

Et si je perdais quelque chose d’important ?

Et si je n’étais pas capable de faire face ?

Parfois, une personne ne choisit donc pas consciemment de souffrir.

Elle choisit, ou reste enfermée dans, ce qui lui paraît le moins risqué à cet instant.

Cela ne signifie pas que ce choix est bon pour elle.

Cela signifie que le changement peut représenter un coût émotionnel, matériel ou relationnel qu’elle n’est pas encore prête à affronter.


Quand nos actes ne correspondent plus à ce que nous croyons

La psychologie possède un concept intéressant pour comprendre certaines de ces situations : la dissonance cognitive.

Elle désigne notamment le malaise que nous pouvons ressentir lorsque nos croyances, nos valeurs ou nos comportements entrent en contradiction.

Prenons un exemple simple.

Une personne estime que sa santé est importante, mais continue à adopter une habitude qui la met en difficulté.

Elle peut décider de modifier cette habitude.

Mais ce n’est pas la seule manière de réduire la contradiction.

Elle peut aussi minimiser les conséquences.

Se dire que ce n’est pas si grave.

Se comparer à quelqu’un qui fait pire.

Ou repousser le moment où elle devra s’en occuper.

Ces réactions ne sont pas nécessairement conscientes. Et elles ne se produisent pas systématiquement de la même manière chez tout le monde.

Mais elles illustrent une possibilité : face à une contradiction inconfortable, nous ne changeons pas toujours notre comportement. Nous pouvons aussi modifier notre interprétation de la situation.

Il est parfois plus facile de trouver une explication à ce que nous faisons que de modifier ce que nous faisons réellement.

Ce mécanisme ne concerne pas seulement les autres.

Il peut aussi nous concerner.


Pourquoi certaines personnes semblent-elles toujours avoir une explication ?

Vous connaissez peut-être cette situation.

Vous évoquez un fait précis.

La personne vous répond en expliquant pourquoi elle a agi ainsi.

Vous revenez sur les conséquences.

Elle vous donne une autre explication.

Vous essayez de parler de ce qui pourrait être différent.

La conversation se déplace vers un autre sujet, une autre personne ou une autre difficulté.

À la fin, vous avez beaucoup parlé, mais le problème initial est toujours là.

Il est tentant d’en conclure que la personne ne veut rien entendre.

C’est parfois ce que l’on observe dans les faits : elle ne semble pas disposée à examiner certaines informations ou à envisager une autre possibilité.

Mais nous ne pouvons pas toujours savoir pourquoi.

Elle peut se sentir mise en cause.

Craindre de perdre la face.

Avoir peur des conséquences d’une remise en question.

Ne pas partager votre interprétation des événements.

Ou tout simplement ne pas être prête à changer.

Une explication peut nous aider à comprendre un comportement. Elle ne le rend pas automatiquement acceptable.

Et surtout, comprendre les raisons possibles d’un fonctionnement ne nous oblige pas à en supporter toutes les conséquences.


Vouloir aider ne suffit pas toujours

Lorsque nous voyons quelqu’un souffrir, nous pouvons avoir envie de lui éviter certaines difficultés.

Nous cherchons des solutions.

Nous lui montrons ce qui pourrait changer.

Nous essayons de lui faire gagner du temps, de l’énergie ou de la peine.

Parfois, nous insistons parce que nous sommes convaincus que la solution est juste devant ses yeux.

Mais ce qui nous paraît évident ne l’est pas nécessairement pour l’autre.

Et même lorsqu’une personne voit le problème, elle peut ne pas être prête à agir.

À force d’expliquer, de convaincre et de proposer des solutions, nous risquons alors de nous épuiser.

Nous finissons par réfléchir à sa place.

À chercher les bons mots.

La bonne méthode.

Le déclic qui lui permettra enfin de comprendre.

Mais il y a une limite importante à reconnaître :

Nous pouvons aider quelqu’un à réfléchir. Nous ne pouvons pas faire son chemin à sa place.

Cette limite n’est pas un manque d’amour ou d’intérêt.

C’est une distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui appartient à l’autre.


Et si la personne ne voyait pas la situation comme vous ?

C’est un point essentiel.

Lorsque nous observons une situation, nous la regardons depuis notre propre expérience.

Nous avons nos informations, nos émotions, nos valeurs et notre histoire.

L’autre personne possède les siens.

Cela ne signifie pas que toutes les interprétations se valent, ni que les faits sont relatifs.

Un fait vérifiable reste un fait vérifiable.

En revanche, les personnes peuvent lui donner des significations différentes et ne pas en tirer les mêmes conclusions.

Vous pouvez voir un comportement comme un problème à résoudre.

L’autre peut le considérer comme une habitude sans conséquence.

Vous pouvez penser qu’une limite est indispensable.

L’autre peut la vivre comme une contrainte.

Vous pouvez estimer qu’une décision s’impose.

L’autre peut penser qu’il est encore possible d’attendre.

Cette différence de regard peut compliquer les échanges.

Elle invite à distinguer trois choses :

  • Ce que j’ai observé.
  • Ce que j’en comprends.
  • Ce que j’aimerais voir changer.

Cette distinction ne garantit pas que l’autre sera d’accord.

Mais elle peut nous aider à exprimer plus clairement notre point de vue, sans confondre nos interprétations avec les faits.


Le piège : croire que nous devons trouver les bons mots

Lorsque le dialogue n’aboutit pas, nous pouvons penser que nous nous sommes mal exprimés.

Nous recommençons.

Nous cherchons une autre formulation.

Nous essayons d’être plus patients, plus précis, plus convaincants.

Nous nous disons que, si l’autre comprenait vraiment, il finirait par changer.

Parfois, une meilleure communication aide réellement.

Mais parfois, le problème n’est pas la formulation.

L’autre personne peut comprendre ce que nous disons sans partager notre analyse.

Elle peut comprendre et ne pas vouloir agir.

Elle peut vouloir changer sans parvenir à passer à l’action.

Ou elle peut ne pas être prête à examiner la situation.

Dans ces cas-là, répéter encore et encore la même explication ne produit pas nécessairement le résultat espéré.

Nous pouvons continuer à chercher à convaincre.

Ou nous pouvons commencer à nous poser une autre question :

Que puis-je faire, moi, si cette personne ne change pas ?

C’est une question difficile, mais elle permet de revenir à notre propre marge d’action.


Faire la différence entre accompagner et porter l’autre

Accompagner quelqu’un, ce n’est pas décider à sa place.

Ce n’est pas lui imposer notre vision.

Ce n’est pas non plus prendre en charge toutes les conséquences de ses décisions.

Accompagner peut consister à écouter, poser des questions, apporter un éclairage ou aider à envisager d’autres possibilités.

Mais l’autre reste responsable de ses choix, dans la mesure de ses capacités et de sa situation.

Et nous restons responsables des nôtres.

Nous pouvons aimer quelqu’un sans approuver tous ses comportements.

Nous pouvons comprendre ses difficultés sans accepter ce qui nous fait du mal.

Nous pouvons proposer notre aide sans nous rendre disponibles sans limite.

Nous pouvons laisser à l’autre le temps de réfléchir, tout en posant nos propres limites.

Je peux prendre ma part. Je n’ai pas à prendre celle de tout le monde.

Cette phrase peut être un repère précieux lorsque nous avons tendance à vouloir réparer, convaincre ou porter les autres.


Comment sortir de cette impasse ?

Il n’existe pas de méthode universelle pour faire changer quelqu’un.

En revanche, quelques questions peuvent nous aider à retrouver de la clarté.

1. Quel est le problème concret ?

Essayez de décrire la situation à partir de faits observables, plutôt que de conclusions sur la personnalité de l’autre.

Au lieu de penser : « Il ne fait jamais d’efforts », demandez-vous : « Qu’est-ce qui s’est passé précisément ? »

Cela ne rend pas la situation moins difficile, mais permet de mieux identifier ce qui pose problème.

2. Qu’est-ce qui dépend réellement de moi ?

Vous ne pouvez pas contrôler les décisions d’une autre personne.

En revanche, vous pouvez réfléchir à ce que vous acceptez, aux limites que vous souhaitez poser, aux demandes que vous formulez et aux décisions qui vous appartiennent.

3. Ai-je besoin de convaincre, ou de prendre une décision ?

Il arrive que nous continuions à argumenter parce que nous espérons obtenir une reconnaissance, un accord ou un changement.

Mais si l’autre ne souhaite pas avancer dans cette direction, il peut devenir nécessaire de réfléchir à la suite sans attendre son adhésion.

4. Qu’est-ce que cette situation me coûte ?

Votre énergie, votre sommeil, votre sérénité, votre confiance ou votre capacité à vous consacrer à vos propres projets peuvent être affectés.

Reconnaître ce coût ne signifie pas qu’il faut prendre immédiatement une décision radicale.

Cela signifie que votre vécu mérite, lui aussi, d’être pris en compte.

5. De quel soutien ai-je besoin ?

Certaines situations sont complexes, notamment lorsqu’elles impliquent des liens affectifs, la famille, le travail ou des responsabilités partagées.

Un regard extérieur peut aider à distinguer les faits, les interprétations, les émotions et les possibilités d’action.

Et si la situation implique de la violence, des menaces ou un risque pour votre sécurité, la priorité n’est pas de convaincre l’autre de changer : c’est de rechercher un soutien adapté et de vous protéger.


Vous n’avez pas besoin que tout le monde change pour retrouver votre marge de manœuvre

C’est peut-être la chose la plus difficile à accepter.

Nous pouvons passer beaucoup de temps à attendre qu’une personne reconnaisse un problème, comprenne notre point de vue ou adopte enfin un autre comportement.

Et parfois, cette évolution arrive.

Parfois, elle prend du temps.

Parfois, elle n’arrive pas.

Nous ne pouvons pas le savoir à l’avance.

Mais nous pouvons apprendre à ne pas suspendre toute notre vie à cette évolution.

Nous pouvons clarifier nos besoins.

Poser des limites.

Demander de l’aide.

Faire des choix.

Et remettre de l’énergie dans ce qui dépend de nous.

Cela ne signifie pas que nous sommes indifférents aux autres.

Cela signifie que leur chemin leur appartient, tout comme le nôtre nous appartient.


Et si la première personne à écouter était vous ?

Comprendre le fonctionnement des autres peut être précieux.

Cela peut nous aider à prendre du recul, à moins personnaliser certaines réactions et à envisager plusieurs explications.

Mais cette compréhension ne doit pas nous éloigner de nous-mêmes.

À force de chercher pourquoi une personne agit ainsi, nous pouvons finir par oublier de nous demander comment, nous, nous vivons cette situation.

Est-ce que je me sens respecté ?

Est-ce que je peux exprimer mon désaccord ?

Est-ce que je me sens obligé de tout gérer ?

Est-ce que j’attends un changement depuis si longtemps que je ne sais plus quelles sont mes propres possibilités ?

Ces questions ne désignent pas un coupable.

Elles nous permettent de revenir à ce que nous pouvons observer, ressentir et décider.

Nous ne sommes pas obligés de comprendre parfaitement quelqu’un pour prendre soin de nous.

Et nous ne sommes pas obligés de trouver la solution à sa place pour avancer.


Quand la clarté permet de retrouver une possibilité d’action

Certaines situations tournent en boucle dans notre tête.

Nous repensons aux conversations.

Nous cherchons ce que nous aurions pu dire autrement.

Nous imaginons ce qui pourrait enfin faire évoluer les choses.

Et pendant ce temps, nous avons parfois du mal à voir les possibilités qui s’offrent à nous.

Prendre du recul ne résout pas automatiquement une situation.

Mais cela peut aider à distinguer ce qui est établi, ce que nous supposons, ce que nous espérons et ce que nous pouvons réellement décider.

C’est dans cet esprit que je propose les séances Clarté & Solution chez O Pays d’Alice.

L’idée n’est pas de décider à votre place, ni de vous dicter ce que vous devriez faire.

Il s’agit de vous aider à éclaircir une situation, à identifier ce qui vous bloque et à rechercher une piste concrète, adaptée à votre réalité.


Vous pouvez comprendre l’autre sans vous oublier

Il n’est pas toujours facile d’accepter qu’une personne ne change pas malgré nos explications, notre patience ou notre envie de l’aider.

Mais nous ne sommes pas responsables de toutes ses prises de conscience.

Nous pouvons écouter.

Expliquer.

Proposer.

Accompagner.

Et, parfois, reconnaître que nous avons atteint la limite de ce que nous pouvons faire.

Ce n’est pas forcément abandonner l’autre.

C’est aussi cesser de nous abandonner nous-mêmes dans l’attente de son changement.

Vous pouvez prendre votre part, sans porter celle de tout le monde.

Et parfois, c’est à partir de cette distinction que les choses commencent à devenir plus claires.


Vous avez besoin d’y voir plus clair dans une situation qui tourne en boucle ?

Une séance Clarté & Solution peut vous aider à prendre du recul, à démêler ce qui se mélange et à identifier une piste concrète pour avancer.

Séances sur rendez-vous, à distance ou sur place selon les possibilités.

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Pour aller plus loin

La dissonance cognitive, expliquée dans une publication scientifique de l’Académie nationale des sciences américaine : PNAS — Why are people antiscience, and what can we do about it?

Une revue scientifique sur les mécanismes de résistance à la persuasion et les raisons pour lesquelles nous pouvons écarter des informations qui remettent en question nos convictions : Revue scientifique disponible sur PubMed Central


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